Bjork MTV Unplugged

Ingrédients: un concert très privé, unique, unplugged. Des instruments pour le moins inhabituels dans la pop: de l'orgue au clavecin, en passant par une contrebasse et même des verres à pied, sans oublier les percussions traditionnelles. Déjà, la curiosité est piquée au vif. Et puis il y a elle, bien sûr, petite fille femme, Lolita en courte robe jaune et pieds nus. Lorsqu'elle commence à chanter, l'espace se remplit de sa voix, l'extase n'est pas loin...

Le 7 novembre 1994, un an après la sortie de son premier album solo, Début, Björk nous offre donc un concert unplugged sur MTV. Ce n'est pas la première à s'y essayer, entre autres Nirvana, Alanis Morissette, The Cure et même Mariah Carey s'y sont collés. Ces concerts sont réputés pour l'effort d'originalité qu'y font les artistes, Björk n'échappe pas à la règle.

On la connaissait déjà avant ce concert, son côté un peu extravagant, son monde très particulier, et surtout sa voix si envoûtante, magique presque. Mais là ça dépasse tout. Elle commence par Big time sensuality, avec un orgue, une percussion et une contrebasse. Trois instruments seulement, un rythme nettement plus lent, la musique prend moins de place en volume mais elle est moins mécanique que dans la chanson originale. Björk brise les rythmes, joue avec son propre morceau, elle le savoure.

Ne pas oublier de parler de la voix. Douce et éthérée dans l'album Début, parfois à peine audible, on dirait un ange. Ici, elle est nettement plus sexuée, et je pèse mes mots! Björk prend sa plus belle voix jazz, un peu rauque, beaucoup de souffle, traînante à la fin de chaque mot. L'effet recherché est volontairement très sensuel, son attitude aussi: elle se balade, ondulant légèrement au gré de la musique... Tout cela est en harmonie avec le titre de la chanson.

Le concert continue, on redécouvre les morceaux, on les comprend peut-être pour la première fois. Ils sont plutôt épurés musicalement, jusqu'à Violently happy où tous les instruments s'expriment. C'est une explosion, et à l'inverse de la première chanson, le but est plutôt que chaque instrument s'exprime. Dans l'album, Violently Happy est très rythmée, un peu "dance" sur les bords; à la première écoute, on pense que c'est un morceau assez relevé, qui bouge, quoi. Ecoutez l'unplugged, vous changerez d'avis!

Chaque musicien est mis à contribution, non pas pour reproduire le morceau à l'identique, ce qui serait déjà très difficile, mais en mieux! La concentration est palpable: même le contrebassiste doit produire un rythme endiablé. On aperçoit au fond de la scène les fameux verres à pied, qui sont utilisés soit en percussion, soit par frottement pour obtenir des sons flottants.

Un moment, Björk s'arrête de chanter, pour laisser libre cours à cette magie musicale, mais aussi à la danse. Elle entre presque en transe, exécutant avec grâce quelques pas improvisés. Les rares mâles qui n'étaient pas encore amoureux de Björk tombent soudain sous le charme, leur cœur est volé à tout jamais.

Qui n'a pas écouté ce concert au moins une fois dans sa vie perd beaucoup de la créativité et du talent de Bjork, mais aussi de purs moments de joie auditive. Si de surcroît vous êtes, comme moi, irrésistiblement attiré par les percussions, faites un détour musical vers ce concert qui vous apportera moult plaisirs...

Malheureusement indisponible officiellement dans le commerce, le Bjork unplugged est pour moi son "album" le plus riche, alors courage, vous trouverez peut-être un ami, qui a un ami, qui connaît un mec, dont le cousin l'a récupéré.....

Sab